ANNE-CÉCILE HUWART
Frédérique Matthys, 16 ans, montait régulièrement Apache, un quarter horse de huit ans, dans un manège de la région bruxelloise. Le cheval n'était malheureusement pas assez rentable. Et la directrice du manège décida de le vendre à un marchand pour environ 600 euros, le prix de la viande de l'animal.
Horrifiés, les parents de Frédérique décident de racheter Apache. Profitant de l'aubaine, la propriétaire fait monter le prix à près de 1.000 euros ! La famille lance alors un appel à la solidarité : courriers, site internet, vente de gaufres, de truffes et de crêpes maison... Depuis début mai, des centaines d'e-mails et de coups de fil de soutien parviennent chez les Matthys. Malgré quoi, le quarter horse disparaît dans le camion du marchand.
La maman de Frédérique finit par retrouver Apache. Dans un pré. La robe de l'animal avait incité le marchand à chercher un nouvel acquéreur avant de l'emmener à l'abattoir. Je suis arrivée chez le marchand avec une enveloppe de 1.250 euros, explique Emmanuelle Matthys, la maman de Frédérique. La transaction s'est faite dans le pré. Il n'y a eu ni contrat, ni remise de carnet de vaccination.
Apache est aujourd'hui sauvé et vit dans la prairie de l'association " Cheval Bonheur ", montée par Anne Pili. Cette passionnée écume régulièrement les marchés d'abattoirs pour tenter de sauver quelques équidés. Selon elle, le cas d'Apache est loin d'être isolé. Une grande partie des chevaux de boucherie proviendraient des manèges ou ont été volés dans les prairies. Leur identification est quasi impossible. On ignore donc les éventuelles maladies de l'animal, les vaccins ou les médicaments qu'on lui aurait injectés, note Anne Pili. On fait tant de foin avec les vaches ou les poulets. Pourquoi pas avec les chevaux ? Même les chiens et les chats de compagnie sont identifiés, ont un carnet de vaccination...
Au ministère de la Santé, on confirme qu'il n'existe aucun moyen fiable de " tracer " un cheval en Belgique. Contrairement à la France où tout équidé présenté à l'abattoir doit porter une puce.
Des projets sont en cours pour permettre d'identifier les chevaux en Belgique, explique-t-on. Des expertises sont toutefois effectuées avant l'abattage. Des morceaux de muscles sont ensuite analysés pour détecter d'éventuelles traces de trichine (NDLR : des larves qui se développent dans les masses musculaires et peuvent provoquer la trichinellose chez l'homme). En ce qui concerne les médicaments, antibiotiques ou éventuelles hormones, les tests s'effectuent par échantillonnages.
Ces substances sont fréquemment injectées aux chevaux de sport ou de manège. Et parfois quelques heures avant la vente (pour éviter que l'animal boite devant l'acheteur, par exemple). Les chevaux de selle ne devraient pas passer à la boucherie, note-t-on encore au ministère de la Santé.
Mais le commerce de chevaux est un marché juteux. Chaque mercredi après-midi, ils arrivent par camions aux abattoirs d'Anderlecht. La plupart ont l'allure de parfaits chevaux de selle. Beaucoup sont acheminés vers l'Italie où ils sont revendus à très bon prix, explique Anne Pili. De nombreuses charcuteries italiennes contiennent de la viande de cheval.
Il arrive qu'un âne ou un poney échappe à la boucherie. Ils prennent le chemin des plages où ils amusent les enfants. Ils rapportent ainsi encore un peu d'argent, le temps d'une saison, ajoute Anne Pili qui revendique le droit à la dignité pour ces animaux surexploités. Il suffirait de permettre aux cavaliers de racheter les chevaux dont les manèges ne veulent plus, comme cela se fait parfois.
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